Cela pourrait commencer comme une fable de la Fontaine et se terminer de même, avec une morale bien sentie en guise d’avertissement. Loin d’être notre propos et pour rester utiles à notre clientèle, nous tâcherons surtout de poser les mises en garde nécessaires à ce qui pourrait bien s’apparenter, à terme, à un miroir aux alouettes !

Ces lignes sont donc destinées à tous ceux qui essaieront de « voir » plus loin que l’immédiat et qui pensent que la confiance aveugle que l’on met aujourd’hui dans les IA traductionnelles n’est peut-être pas la « poule aux œufs d’or » que l’on croit.
Or donc, comme l’aurait dit cet illustre poète, soyez sages, et évitez les jeux de dupes et d’emboîter le pas de « La laitière et le pot au lait ».

Pourquoi gérer ses traductions en interne en 2026 n’est pas forcément la meilleure façon de raisonner et pas nécessairement synonyme de rentabilité ?

De plus en plus d’entreprises pensent réduire leurs coûts en internalisant les traductions. Cette stratégie peut paraître rationnelle à court terme, mais elle cache souvent des pertes de temps, de cohérence et d’impact commercial. Elle peut certes procurer un sentiment de rentabilité, mais dans un certain nombre de cas, la réalité peut s’apparenter à une fausse économie plus qu’à un gain véritable.

Tout d’abord, l’internalisation des traductions représente une charge invisible. Pour aboutir à des supports de qualité, vous devrez consacrer au mieux un temps non négligeable, voire parfois déraisonnable à la coordination des projets mais aussi à la relecture et la correction. Et ceci sera pire encore si vos besoins à l’export exigent des traductions multilingues. Connaissez-vous les techniques de vérification des traductions automatiques (post-édition) ? Peut-être est-ce le cas, mais pourtant, vous êtes probablement loin d’imaginer tout le travail qu’une équipe de linguistes de métier met en œuvre pour vous assurer des supports fiables et à la hauteur des attentes que vous avez. Car vous avez des attentes de qualité, le fait n’est pas discutable et c’est bien normal. Même si vous connaissez de facto la terminologie relative à votre métier, sachez que c’est très loin de suffire. Vous vous perdrez dans les subtilités de l’harmonisation linguistique et de la pertinence de telle ou telle correction à apporter. Vous n’aurez pas forcément les bons outils pour le faire non plus. Et même si vous en disposez, vous ne saurez pas forcément les utiliser au mieux. Croyez-nous, les fonctionnalités sont multiples et c’est la pratique qui permet d’optimiser la qualité et les flux de travail, pas un projet confié de ci de là à des intervenants dont on pense naïvement qu’ils pourront « bien faire ça » parce qu’ils ont des compétences « transverses ». Nous parlons d’expérience, et si nous tenions à jour des recueils des perles que l’on trouve parfois chez nos clients, celles-ci n’auraient rien à envier aux célèbres perles du bac !

Ensuite, vous vous dites que le problème n’est pas pour vous puisque vous disposez d’un collaborateur étranger ou bilingue, voire de plusieurs. Mais ceux-ci ne sont pas, et de loin, nécessairement des traducteurs, à l’inverse de nos collaborateurs (chefs de projet, traducteurs, post-éditeurs et réviseurs) qui sont tous diplômés au plus haut niveau en traduction.

Enfin, et il y aurait bien d’autres choses à dire au milieu de tout ça, vous vous heurterez à des multiplicités de style, d’incohérences terminologiques qui viendront entacher vos productions, sans même que vous y prêtiez garde. Vos messages initiaux (langue source) feront souvent l’objet de simplifications ou de modifications de contenu parce que cela plaira mieux à vos intervenants linguistiques (en interne ou dans les pays de destination de vos produits – agents commerciaux qui ne sont pas, disons-le encore, des traducteurs). Tous ceux qui auront géré des projets multilingues de façon professionnelle comprendront et y trouveront un goût de trop souvent déjà vécu ! Et pendant que vos collaborateurs passent du temps à travailler sur des sujets qui ne sont pas les leurs, leur travail de fond attend et cela coûte bien plus à la société que vous ne le pensez. Vous n’aurez peut-être pas posé ces calculs, et on vous aura convaincu mille fois que l’intelligence artificielle à réponse à tout et exécute tout merveilleusement mieux que l’humain !

Quant au résultat ? Loin d’être parfait, vous constaterez au débotté des retards dans vos productions, un temps passé qui peut friser parfois l’indécence et pire encore des pertes d’image ! Vous pourrez éprouver des difficultés à uniformiser votre marque à l’international et perdre des marchés. La chose, bien qu’assez rare, s’est déjà produite, comme nous l’ont confessé quelques-uns de nos clients. Bien sûr, vous pourrez répondre : « Et si je gagne quand même dans 95 % des cas ? ». Avez-vous pensé à ce que les 5 % restants vous coûtent ? Un calcul récent, présenté et partagé par certains cabinets de conseil en traduction et localisation (voir notamment Nimdzi et CSA Research), a montré qu’une entreprise qui gère 10 langues en interne peut perdre l’équivalent de plusieurs jours-homme de travail par mois. Serait-ce assez pour vous dissuader de faire comme beaucoup d’autres ?

A l’inverse de tout ça, certains critères plaident toujours pour une externalisation des traductions, à la fois intelligente et réussie ! Pensez à la flexibilité qu’offrent les entreprises de traduction en termes d’adaptabilité aux volumes à traiter et aux délais qu’elles proposent. En effet, nous traiterons toujours beaucoup plus vite que vous les projets multilingues car nous avons développé au fil du temps toutes les ressources linguistiques et matérielles dont vous ne disposez généralement pas. Les entreprises de traduction sont taillées pour gérer en parallèle des projets en 15 langues, 20 langues ou plus. C’est leur quotidien à l’inverse du vôtre. Vous y trouverez, contrairement à ce que vous imaginez peut-être, un meilleur rapport qualité/délai/coût grâce à la combinaison de IA et de l’expertise humaine et aussi du fait qu’un projet multilingue permet toujours de travailler encore mieux les prix que l’on ne pense. Vous bénéficierez de l’énorme avantage que présentent les mémoires de traduction qui grossissent au fil du temps et vous assurent des prix toujours plus bas, alors que vous n’aurez pas les outils pour les utiliser, ni les compétences pour les enrichir, et encore moins de les « nettoyer » ou de les actualiser. L’IA ne mettra jamais à votre disposition ce qui vous appartient, c’est-à-dire la masse de vos informations sous la forme d’une mémoire. Dans bien des cas, vos données partiront dans les « nuages », même s’ils sont sécurisés, mais on sait où se trouvent les failles, même chez les acteurs les plus vigilants. De surcroît, l’IA vous proposera parfois des traductions qui lui chantent car le propre d’un moteur de traduction neuronale, c’est d’être une boîte noire où personne ne peut entrer, pas mêmes les plus brillants ingénieurs. Elle peut laisser court à ses caprices et ce sera à vous de redresser ses erreurs. Mais quelle importance, puisqu’elle est parfaite ! C’est vrai, j’avais oublié qu’on nous recommande cette confiance aveugle.
Alors, c’est certain, pourquoi s’adresser à des spécialistes ? Il est en effet plus raisonnable de « bricoler » chacun chez soi. Après tout, nous sommes bien tous plombiers !

Quelle pourrait-être la conclusion de cette histoire ? La chose est simple pourtant. Pensez « stratégie linguistique » plutôt que « traduction internalisée ». Faites le résumé des bénéfices clés qui sont des concepts qui vous parlent : agilité, cohérence, ROI… Reconsidérez la traduction comme un investissement de marque, et pas comme une dépense.

Si à tout le moins ces derniers mots vous parlent, alors vous aurez déjoué les pièges qui vous attendent.